Un an déjà ...
Lundi 2 Août 2004
Nous nous couchons à minuit et quart mais mon sommeil est léger et traversé de visions plus ou moins apocalyptiques, avion en perdition au dessus de la mer, gangrène foudroyante suite à une piqûre d’araignée velue, tentative désespérée d’explication dans un commissariat de campagne reculée, nuit d’effroi en pleine jungle avec bruits divers et inquiétants, …
Le réveil sonne alors que nous sommes tous les deux déjà (encore ?) réveillés. 5 heures du matin est pourtant habituellement une heure de coucher pour moi. Je me dis que le décalage horaire va être particulièrement difficile à gérer à l’arrivée, d’autant qu’il faudra sans doute compter avec le choc climatique. Curieusement, je ne ressens ni excitation, ni peur. Les ablutions matinales sont effectuées dans la hâte. Après une dernière pesée, avant laquelle j’ai ôté un T-shirt, un bermuda et un bouquin, je considère mon sac de voyage enfin terminé à 13kg. Celui de mon homme en fait 2 de plus, c’est son troisième voyage en Asie, alors que c’est une première pour moi. Bien sûr, techniquement, je suis déjà allé sur le continent asiatique puisque j’ai visité le site d’Ephèse en Turquie au cours d’une croisière en mer Egée. Mais entre 3 heures de visite guidée dans des ruines -grecques de surcroît- et 3 semaines de voyage en Malaisie, ma vision de l’Asie va sérieusement s’affiner. Du moins je l’espère.
Les adieux à notre ti’chat sont sans fin, nous vérifions à tour de rôle et 3 fois chacun la présence de nos passeports et billets de train et d’avion dans nos sacs. La porte est fermée puis rouverte puis refermée puis …
Nos sacs se révèlent particulièrement lourds à porter jusqu’à la station de métro qui n’est pourtant qu’à 50 mètres de la maison … ça promet ! 5h45, le quai est vide, le métro presque. Le couloir de la station Part-Dieu est interminable et le tapis roulant est en panne … minable !
Le TGV est annoncé à l’heure, en provenance de Marseille, il sera donc chaud et bruyant. Tiens, c’est la première fois que je prendrai un TGV à deux étages depuis mon sevrage tabagique … je vais donc découvrir les sièges du haut !
6h20, le TGV démarre, le wagon se révèle frais et silencieux, le sommeil n’est pas loin mais reste impossible à apprivoiser. Trop de questionnements se bousculent dans ma tête. Trop de peurs et d’angoisses pour laisser mon esprit vagabonder seul. C’est pourtant d’un profond sommeil que je dois m’extraire pour tendre mon billet au contrôleur. Zieubleu et moi échangeons alors quelques mots, quelques mots qui m’aident à mieux appréhender ce début de voyage … c’est vrai, je ne suis pas seul, l’homme que j’aime et qui m’aime est à mes cotés, c’est même lui qui a insisté 2 ans pour me faire découvrir l’Asie, et c’est d’un commun accord que nous avons choisi la Malaisie pour écrin de mon baptême asiatique, et ceci en compagnie de nos amies lesbiennes les plus proches !
Arrêt « chez Mickey », quelques familles descendent pour une journée à attendre et à courir sous la pluie. Je me sens bien, privilégié, supérieur, et pourtant si petit face à ce continent qui s’apprête à m’engloutir.
Sur le quai de la gare TGV CDG II (quelle poésie !), nous retrouvons Tine et Liane, le quatuor est reconstitué. Les yeux sont ensommeillés mais les visages rayonnent : les vacances commencent là, au moment où les sacs sont déposés sur les chariots.
Ils n’y resteront pourtant pas longtemps, magie de l’organisation à la française, car il faut prendre une navette poussive et bondée qui va se perdre dans d’innommables détours de bretelles d’autoroutes.
Arrivée au Terminal 1, re-chariot, trouver le comptoir de la Malaysia Airlines, enregistrer les bagages, négocier 2 hublots (bingo !). Il nous reste alors 2 heures pour prendre un dernier petit déjeuner français avec croissants et expressos.
Les toilettes de l’aéroport sont particulièrement sales et vétustes et je me dis qu’il faut que je m’habitue à cela. Je retrouve au fond de mon petit sac à dos, un coupe-ongles que je dois me résoudre à déposer au bord d’une poubelle du terminal. Nous nous dirigeons vers la porte d’embarquement. Les vigiles de sécurité sont avenants et souriants mais les touristes français sont vraiment arrogants et idiots quand ils sont sur le point de quitter leur sol natal (et pourtant moins qu’au retour … nous le verrons dans 3 semaines !)
Premier contact avec la Malaisie par l’intermédiaire des hôtesses et des stewards de la Malaysia Air Lines, premières remarques : 1/ Qui est le daltonien sans goût qui a dessiné leurs uniformes ? … 2/ Il semblerait que Tine et Liane aient plus de chance de se rincer l’œil que nous … 3/ We have to speak english now …
Midi, le 747 nous avale les uns après les autres. Il lui faudra 14 heures pour nous digérer totalement et nous recracher à Kuala Lumpur. Pas de mime traditionnel de l’équipage pour les consignes de sécurité, c’est une vidéo … décevant ! Pour se positionner au début de la piste, notre avion passe devant le fameux terminal effondré. Cette brèche béante est impressionnante. L’accélération est sans fin mais le décollage sans heurts. Le gavage traditionnel commence alors que nous sommes à la verticale de Metz pour se terminer au-dessus de Wien. Les films proposés ne sont pas très attirants, en tout cas beaucoup moins que le spectacle de l’Europe Centrale par le hublot : la plaine hongroise, les sommets de Dracula, les accords de Yalta, … Les hôtesses nous demandent alors de fermer les stores pour dormir … ridicule, il est 16 heures ! Oui mais il est aussi 22h si on se réfère à notre fuseau horaire d’arrivée … ok mais 22h, c’est un peu tôt pour se coucher non ?
Subrepticement, je soulève le store à intervalles réguliers (soit toutes les 3 minutes !) pour découvrir avec ravissement le relief du Caucase, les rives décharnées de la Mer Caspienne, les régions désertiques des pays en –stan, y compris l’Afghanistan au dessus duquel nous rencontrons abruptement la nuit au milieu d’un orage. Le survol de l’Inde est long et l’absence de points lumineux ou la couverture nuageuse m’empêchent de me repérer. Le sommeil me cueillera donc avant la mer d’Andaman et mes rêves sont alors bercés de cartes de géographie en carton et des récits de Marco Polo et de Sinbad …
Mardi 3 Août 2004
Je suis réveillé par une odeur surprenante et désagréable, l’odeur de l’omelette au champignons, et je n’aurais pas besoin de soulever le couvercle en alu de mon assiette pour vérifier !!! Le stew, qui n’était déjà pas un beau garçon la veille, a du dormir sur le coté car son visage est –comment dire- décalé, plus haut à droite qu’à gauche, et ses yeux sont gonflés ! Le café est le bienvenu, de même qu’un fromage blanc et un jus d’orange. Je n’ai dormi que deux heures mais je ne me sens pas fatigué, plutôt excité comme un gamin le matin de Noël …
L’avion commence sa descente sur Kuala Lumpur, il est 6 heures du matin heure locale, le jour se lève normalement et alors que je me réveille à 11000 kms de chez moi … même pas un roulement de tambour ou un confetti !
Nous atterrissons entre deux haies de palmiers tout de même ! Les voyageurs sont hagards et leurs gestes sont maladroits. Je me dis qu’arriver au petit matin est plus agréable car les gens semblent moins stressés d’être les premiers à sortir.
Il fait aussi frais dans l’aérogare que dans l’avion. Les baies vitrées semblent inexistantes tellement elles sont propres, une musique légère et impersonnelle glisse sur les marbres et les inox rutilants. Le flot de voyageurs au sein duquel nous flottons suit les indications « EXIT-KELUAR ». Ma première impression de l’Asie sera donc un couloir d’hôpital suisse : calme, luxe et propreté !
Nous devons prendre un métro automatique avant de récupérer nos bagages et de passer la douane. Tout est parfaitement indiqué, tout est propre, tout est silencieux … nous sommes aux antipodes de Roissy !
Le tapis roulant des bagages se met en route et les premières valises arrivent suivies de sacs à dos déposés dans des casiers en plastique pour éviter les chocs. Nous découvrons nos premières femmes voilées en noir en provenance des états du Golfe Persique que leurs maris considèrent apparemment comme des valises à jambes. Les guichets de douane sont triés selon la provenance des voyageurs au moyen de panneaux lumineux : passeports malaisiens, passeports asiatiques, autres passeports, équipages. Nous nous plaçons dans une queue « autres passeports », l’attente est silencieuse et respectueuse de la ligne jaune à ne pas dépasser. C’est à notre tour, Zieubleu et moi avançons pour découvrir que nous avons oublié de remplir les questionnaires d’immigration ! Retour au fond du hall pour remplir ces sésames administratifs, puis re-queue et enfin, coups de tampons et libération … Les toilettes de l’aéroport sont à l’image du reste, d’une parfaite propreté.
Nous entrons alors dans le hall d’arrivée où notre première démarche est le « money changer », premiers contacts avec le ringgit en papier et en pièces, premiers essais de conversion avec l’euro … pas simple de diviser par 4,3 ! 100 RM = 23 euros … Beaucoup plus simple avec le franc : on ajoute la moitié et on a le prix en francs … 100 RM = 150 Francs.
Nous partons ensuite à la recherche du comptoir auquel, d’après la lecture du Guide du Routard, nous pourrions prépayer notre taxi sans d’arnaque possible. Et c’est donc sereins que nous sortons de l’aérogare … pour nous confronter quelques minutes avec l’atmosphère non climatisée de la Malaisie, puis de nous plonger dans la fraîcheur exagérée du taxi (nous comprendrons rapidement qu’il s’agit malheureusement d’une habitude nationale voire même d’un concours général !).
Le trajet de l’aéroport au centre ville durera trois quarts d’heure … de frayeur composée de dépassements dangereux, de forçage de priorités, de franchissements de lignes continues et de feux rouges, de coups de téléphone et de klaxon …
Nous aurons cependant le loisir de découvrir des forêts de palmiers à perte de vue, des autoroutes récentes et entretenues, des quartiers entiers en construction et d’autres à l’abandon, des mobylettes curieuses et surtout pour les motards, une curieuse façon de porter son blouson à l’envers, pour se garder du vent et des intempéries …
Il est environ 10 heures quand nous arrivons au pied du Pondok Lodge … où nous attendent normalement nos chambres réservées par mail quelques semaines auparavant. En haut des escaliers et après s’être déchaussés, nous apprenons que l’une est disponible tout de suite, l’autre le sera vers onze heures. Nous entassons nos bagages dans la première le temps de prendre une douche fois quatre, de nous reposer une heure puis nous nous retrouvons frais et prêts à partir à l’assaut de la ville puis du pays ...
... Rassurez-vous, je ne vous infligerai pas le récit quotidien de ce voyage,
il est immortalisé en une collection de 500 photos qui resteront privées ...
03/08/05 - 09:23
bah moi j'aimerais bien avoir la suite... c'est vachement bien ;o)
Phil-Tof (visiteur - site web)